Ces derniers temps, les entreprises versent des sommes importantes aux organismes de bienfaisance, atteignant parfois des dizaines, voire des centaines de milliers de dollars. Cela soulève une question importante : ces versements constituent-ils des dons ou des commandites? Il est essentiel, tant pour les entreprises que pour les organismes de bienfaisance, de bien comprendre la différence entre les deux.
La principale distinction entre un don et une commandite repose sur les avantages obtenus et le contrôle exercé sur les fonds. Voyons ces notions en détail.
Avant d'entrer dans les détails, voici un aperçu rapide des différences entre les dons et les commandites :
Un don est un transfert de biens ou d'argent sans attente de contrepartie. Sur le plan légal, on parle de transfert sans « contrepartie ». Par exemple, si une entreprise verse 10 000 $ à un organisme de bienfaisance, celui-ci peut utiliser la somme comme bon lui semble.
Cela dit, un donateur peut légalement encadrer l'utilisation d'un don au moment où il le fait — par exemple, en le réservant à un programme, un projet ou un fonds de dotation précis. Si l'organisme de bienfaisance accepte ce don assorti de conditions, il est légalement tenu de l'utiliser aux fins prévues. On parle alors de fonds réservé ou de don dirigé. Ce qu'un donateur ne peut pas faire, c'est conserver un contrôle continu sur les fonds une fois le don effectué.
Les dons donnent droit à des reçus officiels de don, mais l'avantage fiscal varie selon que le donateur est un particulier ou une société. Les particuliers ne bénéficient pas d'une « déduction » du revenu; ils reçoivent plutôt un crédit d'impôt non remboursable en vertu de l'article 118.1 de la Loi de l'impôt sur le revenu. Les sociétés, quant à elles, bénéficient d'une déduction du revenu net en vertu de l'article 110.1 de la Loi de l'impôt sur le revenu. Cette distinction est importante — un particulier ne peut pas réduire son revenu imposable dollar pour dollar comme peut le faire une société.
L'ARC permet un avantage de valeur nominale — soit le moindre de 75 $ ou de 10 % du montant du don — sans que cela n'affecte le statut de bienfaisance du don. Si l'avantage reçu par le donateur reste sous ce seuil, le montant total peut tout de même faire l'objet d'un reçu.
Une commandite, en revanche, est une entente contractuelle. Cela signifie que le commanditaire transfère de l'argent ou d'autres biens à l'organisme de bienfaisance, mais peut fixer des conditions précises pour ce transfert. Par exemple, un commanditaire pourrait exiger que son logo soit affiché lors d'un événement de bienfaisance ou avoir un droit de regard sur la liste des invités d'une réception.
Dans une commandite, le commanditaire peut faire respecter les termes de l'entente par voie de recours légal, ce qui n'est pas possible pour un don. Les versements de commandite ne peuvent pas donner lieu à un reçu officiel de don. Cependant, les entreprises peuvent souvent déduire les dépenses de commandite à titre de « promotion ».
Note fiscale : Contrairement aux dons, les paiements de commandite sont des transactions commerciales assujetties à la TPS/TVH et, le cas échéant, à la TVQ. Les entreprises doivent s'assurer de percevoir et de remettre les taxes appropriées sur ces transactions.
Cela dit, la simple présence d'un logo ou d'un nom ne transforme pas automatiquement un paiement en commandite. L'ARC distingue entre la « publicité » et la « simple mention ». Si un organisme de bienfaisance se contente d'inscrire le nom ou le logo d'une entreprise dans un programme ou sur un site Web, parmi une liste de soutiens — sans revendication promotionnelle précise ni appel à l'action — l'ARC considère généralement que cela n'a aucune juste valeur marchande (un avantage de 0 $). Dans ce cas, un reçu officiel de don complet peut habituellement être délivré.
De plus, lorsqu'un paiement comporte à la fois un don de bienfaisance et un avantage de commandite, les règles de délivrance de reçus fractionnés peuvent s'appliquer. Selon ces règles, l'organisme peut délivrer un reçu pour le « montant admissible », soit le paiement total moins la juste valeur marchande de l'avantage (« l'avantage ») reçu par le commanditaire. Toutefois, si l'avantage dépasse 80 % du paiement total, aucun reçu ne peut être délivré, l'ARC considérant qu'il n'y a alors aucune véritable « intention de donner ».
Cela signifie que les paiements de commandite ne sont pas automatiquement exclus de tout reçu officiel de don. Chaque entente doit être évaluée selon ses propres faits.
Pour les ententes clairement commerciales où l'avantage est substantiel — comme des droits de dénomination d'événement importants, un accès exclusif à un public ou des livrables contractuels — aucun reçu officiel de don ne devrait être délivré, et le commanditaire peut déduire le paiement à titre de dépense promotionnelle.
Il est important de savoir si un paiement constitue un don ou une commandite, et ce, pour plusieurs raisons :
Lorsqu'on traite avec des donateurs ou commanditaires potentiels, il est essentiel de clarifier la nature du paiement. Voici quelques conseils :
Note sur les obligations provinciales : En plus des exigences de l'ARC, les organismes de bienfaisance et les OBNL constitués en vertu de la Loi sur les personnes morales sans but lucratif (LPMOBNL) du Québec, ainsi que les entreprises qui les commanditent, doivent se conformer aux exigences du Registraire des entreprises du Québec (REQ), notamment la production de l'actualisation annuelle. Le défaut de produire cette actualisation peut entraîner la radiation de l'enregistrement de l'organisme au Québec.
Note importante : vous ne pouvez pas réclamer à la fois une déduction à titre de dépense d'entreprise et un reçu officiel de don pour le même paiement. L'ARC interdit strictement le cumul.
Pour un aperçu détaillé du traitement juridique et fiscal des commandites et des dons au Canada, consultez notre guide complet ici.
Alors que les entreprises soutiennent de plus en plus les organismes de bienfaisance par des versements importants, il devient de plus en plus essentiel de bien comprendre la distinction entre dons et commandites. Une communication claire et une bonne documentation peuvent aider à garantir que les entreprises et les organismes de bienfaisance profitent pleinement de leurs ententes. En abordant ces enjeux dès le départ, les organisations peuvent éviter d'éventuels conflits et tirer le meilleur parti de leurs partenariats.
Dirigez-vous une entreprise canadienne qui souhaite faire un don à un organisme de bienfaisance? Parlez à l'un de nos avocats spécialisés en droit de la bienfaisance pour déterminer la meilleure façon de structurer votre don afin d'en maximiser les avantages pour votre société et pour l'organisme.
Le présent article est fourni à titre informatif seulement et ne constitue pas un avis juridique ou fiscal. Chaque situation étant unique, nous vous recommandons de consulter un avocat ou un comptable qualifié avant de structurer un don ou une commandite.
Découvrez les principales différences entre les dons et les commandites lorsque votre entreprise soutient des causes caritatives. Cette FAQ explique le fonctionnement de chaque mode de financement, leurs répercussions fiscales, et vous aide à choisir la bonne approche pour votre stratégie de dons d'entreprise.
Un commanditaire est une entreprise ou un particulier qui offre un soutien financier en échange d'une reconnaissance ou d'avantages marketing. Un organisme de bienfaisance est un organisme enregistré qui reçoit des dons et des commandites pour financer ses activités caritatives et qui peut délivrer des reçus officiels aux donateurs.
La commandite implique que des entreprises paient pour des avantages marketing comme le placement de logo ou les droits de dénomination d'événement. La collecte de fonds vise plutôt à solliciter des dons auprès de particuliers, de sociétés et de fondations, principalement à des fins caritatives plutôt que commerciales.
Les commanditaires d'organismes de bienfaisance offrent de l'argent, des biens ou des services en échange d'occasions promotionnelles comme la visibilité de marque, l'accès à un public ou des avantages liés à la responsabilité sociale d'entreprise. L'entente est habituellement officialisée par un contrat de commandite.
Un don commandité survient lorsqu'une entreprise couvre le coût du don caritatif d'une autre personne, souvent dans le cadre de programmes de dons des employés ou de campagnes d'engagement client. L'entreprise paie, mais le don peut être attribué à l'employé ou au client.
Les commanditaires ne tirent pas directement un profit financier de la commandite, mais ils en retirent une valeur marketing, une exposition de marque, la bonne volonté des clients, l'engagement des employés et des occasions d'affaires potentielles. Ces avantages peuvent mener à une hausse des ventes, à la fidélisation de la clientèle et à une réputation de marque positive.
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DOV GOLDBERG, J.D. est avocat au sein du cabinet B.I.G. Charity Law Group et consacre sa carrière exclusivement au droit des organismes de bienfaisance et sans but lucratif depuis plus d'une décennie. Dov accompagne les organismes de bienfaisance, les fondations et les organisations sans but lucratif à chaque étape du processus d'enregistrement, en offrant des conseils juridiques pratiques axés sur la conformité, la gouvernance et le succès à long terme. Reconnu pour son approche concrète et sa connaissance approfondie des exigences de l'ARC, Dov s'engage à aider ses clients à bâtir des organisations solides, durables et juridiquement bien structurées.